La notion d'esprit

«Les théoriciens ainsi que le grand public n'ont cessé d'interpréter les adjectifs servant à qualifier une activité ingénieuse, de sage, de méthodique, de soigneuse, de spirituelle, etc., comme désignant l'émergence, dans le flux caché de la conscience, de processus particuliers fonctionnant comme précurseurs fantomatiques ou, plus précisément, comme causes occultes des activités ainsi caractérisées.(...) De même que l'étranger s'attendait à ce que l'Université soit un bâtiment supplémentaire, à la fois semblable aux collèges et considérablement différent d'eux, de même les détracteurs du mécanisme représentaient l'esprit comme un centre supplémentaire de processus de causalité, assez semblable aux machines tout en différant considérablement d'elles.(...) Je maintiens qu'en décrivant les fonctionnements de l'esprit d'un individu, on ne décrit pas un second ensemble d'opérations fantomatiques. On ne fait que décrire certaines parties de sa vie.(...) L'esprit n'est pas une "localisation". En revanche, l'échiquier, l'estrade, le bureau de l'homme de science, le fauteuil du juge, le siège du camionneur, le studio, le terrain de football sont des localisations de l'esprit : c'est là, en effet, que les êtres humains travaillent ou se divertissent plus ou moins intelligemment.»