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Sélection philosophique

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30 janvier 2018

Joëlle Zask, Sortir hors de soi

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in La voix et la vertu (collectif)

«Se perfectionner dépend empiriquement d'une combinaison entre un vouloir, un effort, un projet individuel, et un partage des finalités morales et culturelles inscrites dans l'environnement avec lequel l'individu est relié.(...) Mais ce n'est pas du côté de son intériorité que le sujet humain peut découvrir les instruments de son renouvellement. C'est au contraire en donnant du pouvoir à ce qui l'affecte du dehors qu'il peut les repérer.(...) L'articulation d'une "réponse" à ce qui nous affecte introduit à une théorie de l'action qui peut rappeler les pensées classiques de la mécanique du conatus. Quand l'action est déconnectée de la situation, elle équivaut à une agitation. Quand l'affection passive quant à elle n'est pas relayée par une action, le sujet est impuissant. La connexion en jeu est ainsi essentielle à la maturation de l'individu. L'impuissance, l'absurde, ou l'action vaine, sont abordées aussi bien par Dewey que par Winnicott comme des interruptions de la croissance et de la subjectivation.(...) La continuité des expériences au cours de la vie ne se confond pas avec une existence paisible. Mais elle est ce qui mène à éprouver le sentiment de sa propre existence.»

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30 janvier 2018

Daniel Zagury, Modèles de normalité et psychothérapie

 

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Faut-il admettre que l’homme normal n’est pas un délinquant du moment qu'il "obéit instinctivement à la loi" ? «Cette méfiance et cet embarras mêlés lorsque nous évoquons la normalité font dire à l’opinion commune que “pour le psychiatre, tout le monde est fou”.» Il s’agit en fait de repérer la “fausse normalité“ de «ces sujets au “faux selfhypertrophié (…) qui s’accrochent à la norme socio-idéale, en se demandant sans arrêt “comment font les autres” ? en cherchant à tout prix l’adaptation, voire la sur-adaptation, incapables de réaliser leur propre programme, d'advenir à ce qu’ils sont.» Ce sont eux, peut-être, qui auraient besoin d’être soignés, mais il est préférable de «laisser ceux qui se disent normaux bénéficier de ce “symptôme qui apporte le plus de bénéfices secondaires”, puisqu’ils ne demandent rien.» En définitive, «la pierre de touche de la santé mentale n’est pas l’adaptation en soi, mais la capacité à procéder à des réadaptations successives, sans perdre le sentiment de sa propre continuité dans le temps.» (L. Gardies)

30 janvier 2018

Robert Wright, L'animal moral

 

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«Les êtres humains sont conçus pour évaluer leur environnement social et, une fois qu'ils ont découvert ce qui impressionne l'entourage, ils le font.(...) Partout, les gens veulent éprouver de la fierté et non de la honte, inspirer le respect et non le mépris.(...) Ceux qui oublient de quêter l'approbation de leurs pairs sont qualifiés de sociopathes. Quant aux épithètes réservées aux autres qui, à l'inverse, recherchent l'estime avec ardeur – ceux qui font leur "autopromotion", les "arrivistes" –, elles ne font que révéler notre constitutionnel aveuglement : nous faisons tous notre autopromotion, nous sommes tous des arrivistes. Si certains sont gratifiés des épithètes en question, c'est qu'ils se sont montrés si efficaces qu'ils ont provoqué la jalousie, ou si maladroits que leurs efforts pour arriver sont devenus visibles.» Au fond, «les discours sociaux sensés conduire à la vérité – discours moraux, discours politiques et même parfois discours intellectuels – sont, à la lumière du darwinisme, de simples luttes pour le pouvoir.(…) Et cela contribue à nourrir un aspect central de la condition postmoderne : une forte incapacité à prendre les choses au sérieux.»

30 janvier 2018

Ludwig Wittgenstein, De la certitude

 

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Pour marquer la distinction entre erreur et folie, nous avons l’exemple d’un «homme qui présumerait que tous nos calculs sont incertains et que nous ne pouvons nous fier à aucun dentre eux (il le justifierait en disant quil y a partout possibilité d’erreur), nous le donnerions peut-être pour fou. Mais pouvons-nous dire quil soit dans l’erreur ? N’est-ce pas simplement qu’il réagit autrement: nous nous fions à eux, lui non; nous sommes sûrs, lui non.» Il y a aussi l’exemple de l’élève qui «ne s’ouvre à aucune explication car il interrompt continuellement le maître en exprimant des doutes, par exemple quant à l’existence des choses, la signification des mots, etc.» On pourrait dire qu’il «n’a pas encore appris à poser des questions. Il na pas appris le jeu que nous voulons lui enseigner.» Par extension, «si nous disons savoir que, nous entendons par là que tout homme raisonnable, dans notre situation, le saurait aussi, que ce serait déraisonnable de le mettre en doute.» Ce qui conduit à s’interroger: «Le jeu de langage tout entier ne repose-t-il pas sur ce genre de certitude ?» Puisque manifestement, «ne joue pas le jeu ou le joue fautivement qui ne reconnaît pas les objets avec certitude.»

30 janvier 2018

Donald W. Winnicott, Jeu et réalité

 

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«Nul être humain ne parvient à se libérer de la tension suscitée par la mise en relation de la réalité du dedans et de la réalité du dehors»; mais «cette tension peut être soulagée par l’existence d’une aire intermédiaire d’expérience, qui n’est pas contestée (arts, religion, etc.). Cette aire intermédiaire est en continuité directe avec l’aire de jeu du petit enfant “perdu” dans un jeu.» Il s’agirait «avant tout d’un mode créatif de perception qui donne à l’individu le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue; ce qui s’oppose à un tel mode de perception, c’est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure: le monde et tous ses éléments sont alors reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut s’ajuster et s’adapter.» Or, «la soumission entraîne chez l’individu un sentiment de futilité, associé à l’idée que rien n’a d’importance.» Cependant, «même en cas de soumission extrême et d’établissement d’une fausse personnalité, il existe, cachée quelque part, une vie secrète qui est satisfaisante parce que créative ou propre à l’être humain dont il s’agit. Ce qu’elle a d’insatisfaisant est dû au fait qu’elle est cachée et, par conséquent, qu’elle ne s’enrichit pas au contact de l’expérience de la vie.»

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30 janvier 2018

Yves Winkin, La nouvelle communication

 

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On tend d’ordinaire «à considérer que les individus vivent leurs interactions en fonction de leur nature, de leur tempérament, leur humeur du moment, etc. bref en fonction de facteurs essentiellement personnels.» Alors que le systémicien «considère que ces interactions ont leurs propres règles, extérieures aux individus, qui ne peuvent que les suivre s’ils veulent que l’on continue à les considérer comme des gens normaux.» Ainsi dans le comportement de jeu, les parties montrent «qu’elles savent émettre et recevoir des signaux disant: “ceci est un jeu”. En d’autres termes,(…) elles “métacommuniquent”. Ou encore: elles mettent des guillemets, elles encadrent leurs messages.(…) Or le schizophrène adulte peut se définir par cette même incapacité à distinguer les messages de niveau I de ceux de niveau II. Il prend littéralement tout message émis ou reçu. Il ne métacommunique plus, à son propos ou à propos d’autrui.» De ce point de vue, la “double contrainte“ devient «un principe abstrait, qui s’applique autant à l’art, à l’humour, au rêve qu’à la schizophrénie.» On peut y voir «un même processus de création fondé sur le renversement des niveaux de messages: le commentaire devient le texte et vice versa.»

30 janvier 2018

Bernard Williams, L'éthique et les limites de la philosophie

 

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Tandis que Platon représente «l'homme mauvais comme victime d'une compulsion, un déchet peu enviable», pour Aristote, «cet homme a une mauvaise conception de ses intérêts.» D'un autre côté, «nombre de personnes sont détestables parce qu'elles sont malheureuses», alors que «certains qui ne sont pas détestables mais s'efforcent d'être généreux et de satisfaire l'intérêt d'autrui sont malheureux», sans doute «victimes d'une suspension de l'affirmation de soi.» Est remarquable surtout le cas du «personnage qui est assez détestable, pas du tout malheureux mais dangereusement florissant, selon tous les critères éthologiques de l'apparence externe, l'œil clair et le poil brillant. Pour ceux qui veulent fonder la vie éthique sur la santé psychologique, l'existence de semblables personnages cause un réel problème.» En définitive, «parvenu au temps de la réflexion mature, je suis ce que je suis devenu, et ma réflexion, même si elle concerne mes dispositions, doit simultanément les exprimer.(...) Vu de l'extérieur, ce point de vue appartient à une personne en qui les dispositions éthiques acquises sont plus profondément ancrées que d'autres désirs et préférences.»

30 janvier 2018

Jean Vernette, Le XXIème siècle sera mystique

 

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L'Homo mysticus du XXIème siècle «commence à se faire une place au moment où nous nous trouvons dans un vide inquiétant de modèles disponibles, après avoir connu ceux du chevalier au Moyen Age, de l’honnête homme et du gentleman aux siècles postérieurs. En Orient, c’étaient le sage ou le samouraï.» De nos jours, le courant du «développement personnel entretient ainsi l’espoir, probablement chimérique, que l’on pourrait se conduire à la fois comme un battant et un sage, un homme d’affaires et un yogi, un capitaine d’industrie et un maître spirituel.» Alors prend forme un "matérialisme mystique", «un mysticisme sans mystère et sans foi, un mysticisme de l'immanence.(...) Ce que les mystiques expérimentent, c’est la présence de l’absolu. Or, si l’absolu est là, on n’a pas besoin de l’Église, ni même de religion. Inversement, ne pas croire en Dieu, cela n’impose pas de renoncer à toute vie spirituelle, ni même à toute expérience mystique.(...) À quoi bon croire, quand on peut connaître ? Espérer, quand on peut aimer ? Prier, quand on peut contempler ? C’est la différence entre le sage et le saint. Qu’est-ce que la sagesse, sinon une spiritualité laïque ?»

30 janvier 2018

Xavier Verley, Poincaré

 

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«Les propositions "la terre tourne" et "il est commode de supposer que la terre tourne" sont identiques. La vérité d'une hypothèse peut être déclarée objective dans la mesure où elle est commode, ce que d'autres esprits que le mien peuvent reconnaître.(...) On ne peut reconnaître le vrai sans ses conséquences sur l'action et sur la vie.(...) L’utilité et la commodité sont des valeurs qui ne s'opposent à la vérité que si on fait de celle-ci l'unique norme qui guide la connaissance.» Ainsi, «en assimilant les théories à des organismes, Poincaré retrouve son idée d'un devenir du vrai : les théories évoluent et doivent s'adapter aux faits nouveaux.(...) La science n'est pas une construction artificielle mais prolonge une sorte de connaissance instinctive enracinée dans la nécessité pour le connaissant de s'adapter au monde.(…) Il ne s'agit donc pas d'une reprise au sens de transmission génétique mais de la répétition d'opérations dont la nécessité provient de ce que, malgré le temps, nous sommes dans un même monde et une même nature mais, comme nous ne sommes plus dans le même temps, nous procédons autrement.»

30 janvier 2018

J.M.Vaysse, Kant et la finalité

 

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Le fait «que la religion relève désormais de la sphère des opinions privées signifie que la compréhension que nous avons de nous-mêmes n’est plus ordonnée à une altérité transcendante ayant force d’instituant symbolique. La question devient alors la difficulté à être soi, à légitimer son ipséité. C’est en ce sens que la question de la folie revêt une acuité particulière, comme si la question leibnizienne “pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?” devenait véritablement insupportable, lorsqu’elle devient une question du type: “pourquoi moi suis-je là ?”» Déjà avec Leibniz et Kant l’idée s’imposa que «la nécessité logique ne suffit pas à exprimer la totalité» et que «seule l’harmonie permet de constituer cette nécessité en système.(…) Aussi la raison exige-t-elle l’idéal d’une totalité. Il appartient alors à la faculté de juger d’assurer le passage de l’entendement à la raison.» Toutefois, «comme telle l’unité finale demeure une idée régulatrice et ne saurait donner lieu à une connaissance.» Cela conduit à considérer avec Lacan que «l’identité est toujours imaginaire et n’est pensable que selon sa référence à l’Autre comme signifiant qui ne nous livre aucun sens ou aucune vérité qui serait celle d’un moi profond.»

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